La mue vestimentaire d’Oligui Nguéma, est-ce un hasard ?

L’homme fort du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguéma a opéré un virage vestimentaire à 180°. Au détour d’une mini tournée sous régionale (Sao Tomé, Malabo et Brazzaville), le tombeur du régime d’Ali Bongo suite au coup d’Etat du 30 août dernier a troqué ses impeccables uniformes militaires contre le traditionnel costume cravate hérité de la colonisation occidentale et s’offre une vraie stature d’homme d’Etat. Est-ce un hasard ?

Comparativement à ses devanciers sur le continent, arrivés au pouvoir via un putsch militaire, le général de Brigade Brice Clotaire Oligui Nguéma ne s’encombre plus dans ses treillis, pistolet très apparent à la hanche, berret vissé sur le crâne, épaules garnies d’étoiles, poitrine bombée par les multiples insignes d’honneur…

Les militaires au pouvoir au Mali, au Burkina Faso, en Guinée et au Niger, plusieurs mois sinon années après leurs coups d’Etat, se plaisent toujours à offrir ces images de commando ou de chef de guerre à leurs peuples.

Le contexte n’est certainement pas le même. Au Gabon, la paix règne même si le couvre-feu persiste. Les institutions dissoutes sont quasiment toutes remises à flot.

Dans le Sahel, au contraire, les djihadistes menacent la forme institutionnelle des Etats. Les relations internationales rappellent la tristement célèbre guerre froide. Le risque de putsch est permanent.

 Durée de la transition

La sérénité qui règne sur le plan intérieur au Gabon, le fonctionnement régulier des institutions de la République … bref l’adhésion populaire de toutes les couches sociales laissent penser qu’il n’est pas nécessaire de tergiverser et de rallonger la période de transition, question de faire taire les organismes de coopération bilatérale et multilatérale, qui pressent les nouveaux hommes forts de Libreville de vite tourner la page en regagnant les casernes.

Pas besoin d’une année pour dépoussiérer la constitution de 2011 qui fait l’unanimité. Le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) a écrit sa charte en moins de 7 nuits.

Pas besoin d’un an pour organiser le dialogue national tant attendu. 2 à 3 semaines suffisent. Pas besoin d’un an pour organiser le referendum qui adoptera la nouvelle constitution dans un pays qui dispose d’un matériel électoral (urnes, isoloirs…) flambant neuf…

Elections générales dans moins de 18 mois

De toute évidence, il paraît superfétatoire de prendre six (6) mois pour recueillir de indications et autres propositions de forces vives de la nation, alors qu’en réalité tous les dirigeants actuels savent pertinemment ce qu’il faut pour le Gabon.

Si la constitution de 1991 a été remise au goût du jour, affirment de nombreux constitutionnalistes, c’est parce que le Président de la transition serait persuadé qu’elle paraît le plus en phase avec les aspirations des populations gabonaises et leurs convictions les plus profondes. Pourquoi vouloir donc gagner inutilement du temps, si ce n’est pour assurer des prébendes à une nouvelle caste en cours d’implantation dans le pays.

La sérénité, le fonctionnement régulier des institutions et la bienveillance des institutions régionales, africaines et internationales vis à vis du Gabon, doivent mettre tout le monde d’accord sur la nécessité de vite tourner la page et prévoir l’organisation des élections générales -après le référendum constitutionnel évidemment- à court et moyen terme.

Oligui Nguema candidat imparable

À voir toute l’énergie déployée par ce jeune militaire qui a publiquement affirmé lire assez régulièrement Machiavel, il ne fait aucun doute que le chef du CTRI fera don de sa personne à ses compatriotes.

La vague de sympathie soulevée le 30 août 2023 donne des ailes dans un contexte où les partis politiques, la société civile et autres sont comme neutralisés au nom de la Transition.

La charte de la Transition n’interdit pas à Oligui Nguéma d’être candidat. Le général de brigade l’a clairement dit dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Tout le monde a d’ailleurs constaté que le Chef de la junte a très vite fait de troquer son treillis contre costumes en laine vierge super 120 et 160.

Depuis le retour de Brazzaville, plus de tenue militaire rouge vif qui rappelle les grandes cérémonies. Plus de treillis vert citron, plus de gants blancs entre les mains… Comme qui dirait, le train est sur les rails. Il semble avoir déjà quitté la gare.

 Féeodora Madiba

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back To Top